Chaque peuple, chaque nation, chaque communauté éprouve, à un moment donné de son histoire, le besoin de s’identifier à un mythe, à un rythme ou à une figure tutélaire.
Mouhyidine Ahmad Bachir KOUNTA fut de celles-là.
Bachir KOUNTA incarne un héritage intellectuel et spirituel dont l’influence demeure intacte et continue d’inspirer. Parler de lui est sans doute un exercice périlleux, tant il fut brutalement arraché à l’affection des Sénégalais le 17 janvier 2019. L’homme était complexe, cultivé, d’une envergure intellectuelle inestimable. Et ce devoir de mémoire qui lui est dû, il s’y est lui-même plié tant et tant de fois, veillant à ce que l’amnésie ne triomphe jamais.
Profondément attaché à ses familles — professionnelle comme religieuse —, Bachir puisait sa foi et son inspiration dans la lumière de Cheikh Bou Mouhamed KOUNTA. Fils de Mame Sidy Aly, il savait apaiser les cœurs par des chœurs, soigner les maux par des mots dont on percevait immédiatement la justesse et la profondeur, même lorsqu’on ne les avait jamais entendus auparavant.
Bachir possédait un talent exceptionnel pour l’écriture, bien qu’il n’ait jamais fréquenté l’université. Il était d’ailleurs rare de le prendre en défaut dans le maniement de la langue française, pourtant si exigeante. Son wolof de Naar-Naar, qu’il assumait pleinement, avait une saveur particulière et une résonance unique.
Son intérêt premier allait aux sciences religieuses, qu’il enrichissait par la philosophie, l’histoire, la géopolitique ou encore le sport. Héritier de foi et de sagesse, Bachir fut un véritable guide pour les générations.
Lorsqu’il évoquait l’histoire politique ou la vie de l’Élu des hommes, son homonyme le Prophète Mouhamed (PSL), il se faisait livre ouvert, illuminé de mille anecdotes. La matière ne lui aurait jamais manqué pour rédiger un mémoire tant son vécu et son savoir étaient immenses.
Ce Sénégal, dont il considérait tous les citoyens comme des fils, petits-fils ou neveux, est aujourd’hui orphelin d’un doyen qui avait su faire tomber les barrières intergénérationnelles.
Bachir KOUNTA, homme de la lignée du Prophète Mouhamed (PSL), neveu d’Elimane Bocar KANE de Dimat, défenseur et vivificateur de l’islam — comme en témoignait Serigne Abdoul Ahad Mbacké — s’en est allé. Mais son souvenir restera longtemps vivace, tel la lumière d’une étoile déjà éteinte, dont l’éclat persistant continue d’illuminer les paroles des hommes et les mystérieux cieux de Dieu.












