Accueil / Actualités / Le Magal de Serigne Abdoulahi Mbacké “Borom Deurbi” (1907-1960) célébré, ce lundi: Touba se souvient d’un immense visionnaire doublé d’un fin jardinier de l’âme

Le Magal de Serigne Abdoulahi Mbacké “Borom Deurbi” (1907-1960) célébré, ce lundi: Touba se souvient d’un immense visionnaire doublé d’un fin jardinier de l’âme

Serigne Abdoulahi Mbacké dit, encore,Serigne Abdourahmane ou Serigne Abdoul Aziz ou simplement, Cheikh Abdou, fut un guide religieux modèle.Très en avance sur son époque, le fondateur de Darou Rahmane a su inculquer, très tôt, les vertus du travail… de la terre à ses disciples. Ce 5ème fils du Fondateur du Mouridisme Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, de par son ingéniosité, parvint à transformer un désert (Darou Rahmane) en une oasis nourricière.

Sa naissance à Thiéyène Djolof en 1907

Serigne Abdoulahi Mbacké a vu le jour en 1907 à Thiéyène Djolof, dans l’ancien Cercle de Louga alors que son illustre père y était assigné en résidence surveillée et ce, après son second exil mauritanien (1903-1907). A sa naissance, le Cheikh était si heureux qu’il sortit un ouvrage intitulé “Minal Haqqi” et déclara que chaque personne qui poserait l’oeil sur le nouveau-né irait au Paradis. Il avait aussi écrit sur un bout de papier le nom de “Abdoulahi” et donna l’ordre à Serigne Maktar Bineta Lô de dire à Serigne Hamsatou Diakhaté de le donner le baptiser ainsi, Abdoulahi. Ce qui prédisait des nombreuses prédispositions qui accompagnaient Cheikh Abdoulahi à sa venue au monde. Sa Sainte mère est Sokhna Fatimatou (Fatima) Koubra Al Kountiyou, petite fille de Cheikh Sidy El Mokhatar Al Kountiyou (dit Cheikh Sidya Baba), un grand érudit qui vivait au pays des Maures (en Mauritanie).

Son éducation

Serigne Abdoulahi Mbacké fit ses humanités, d’abord, auprès de son père Serigne Touba avant de passer entre les mains de Serigne Ndame Abdourahmane Lô. Très tôt, il se distingue par une intelligence vive et une mémoire prodigieuse, voire phenoménale. Il maîtrisa le Saint Coran et le restitua avec une dextérité hors du commun. Ce qui fit l’honneur du Cheikh Ahmadou Bamba. Ainsi, il fut animé toujours par un désir inextinguible d’approfondir ses connaissances. Alors, il fut amené chez son oncle paternel Mame Thierno Ibra Faty Mbacké,puis, chez Serigne Cheikh Bousso Kany. Quelques années plus tard, il retourna à Diourbel. Là, le Cheikh s’occupa, lui-même, de l’approfondissement de ses connaissances. Selon notre interlocuteur, il s’enfermait presque des jours dans des cases avec lui.

Selon toujours la même source, Serigne Abdoulahi avait construit une pièce à l’intérieur de la demeure du Cheikh à Diourbel qu’il baptisa “Touba” et dans laquelle il avait l’habitude de faire ses retraites spirituelles. Très doué dans les domaines des Sciences islamiques, il avait aussi de profondes connaissances en agriculture, en astronomie et en médecine.

Fondateur de villages

Serigne Abdoulahi Mbacké “Borom Deurbi” a crée de nombreux villages pour s’ adonner à l’agriculture, l’élevage et à l’enseignement coranique. Parmi ces localités, on peut citer Tip, Bogo, Sadio, Gnibi Lambaye, etc. En 1930, il s’installa à 7Km de Touba-la- Sainte et baptisa son village “Darou Rahmane” où il passa le plus clair de son temps. Dans cette localité happée, aujourd’hui, par la macrocéphalie de la Ville Sainte, il s’attela à l’éducation
islamique tout en inculquant le culte du travail, surtout de la terre, cette terre qui ne ment pas.

Dans ce lieu presque “désertique”, Cheikh Abdou fit preuve de prouesses extraordinaires. Il réalisa alors la jonction de plusieurs chutes d’eau pour obtenir, enfin, une rivière. Il amenagea de larges surfaces pour l’agriculture (légumes, riz, fruits, élevage poissons,etc.). Il fut un grand entrepreneur et un commerçant connu reconnu à travers le pays. En quelques années, il transforma Darou Rahmane en un verger, un jardin potager, “Deur”. Ce qui lui conféra le surnom de Borom “Deurbi”( le propriètaire du jardin potager ou du verger). Il écoula ses produits dans le marché de Mbacké et partout au Sénégal et, même, dans la sous-région africaine.

Serigne Abdoulahi Mbacké “Borom Deurbi” avait des relations très intenses avec ses frères et soeurs. La preuve, nombreux sont les petits-fils de Serigne Touba qui portent son nom tout comme, lui aussi, avait fait porter les noms de ses fils aux fils et filles de Borom Touba. Avec les familles des “Cheikhs” et autres dignitaires mourides, il cultivait de profonds liens qui défient le temps. Tant Cheikh Abdou fut un pionnier dans plusieurs domaines d’activités économiques.

Sa disparition le 15 janvier 1960

Après une vie au service exclusif de l’Islam et du Mouridisme, Serigne Abdoulahi Mbacké “Borom Deurbi” s’éteignit un jour du 15 janvier 1960 dans son village de Darou Rahmane en laissant tout une communauté orpheline. Il fut inhumé au cimetière en face de la Grande Mosquée de Touba. Son fils aîné Serigne Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké dit Serigne Cheikh Mbacké Darou Rahmane qui avait d’à peine 16 ans fut désigné comme son Khalife. Ce dernier, rappelé à Dieu dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 mars 2019, est succédé par Serigne Modou Habib Mbacké qui devient ainsi son deuxième (2éme) Khalife. Depuis, il perpetue et garde jalousement l’immense héritage de “Borom Deurbi”. Yala Nafi Yagg Lool Té Wër. Amine.

C’est de cet homme dont l’oeuvre grandiose continue d’inspirer que la communauté mouride se souvient ce lundi 5 janvier 2026.

Ibrahima NGOM Damel.