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La coalition Luy Jot Jotna réclame la réforme du Code de la famille et la reconnaissance du féminicide

Les membres de la coalition Luy Jot Jotna ont fait face à la presse ce lundi 29 décembre 2025 pour interpeller le gouvernement du Sénégal sur l’urgence de réformer le Code de la famille et de reconnaître juridiquement le féminicide comme un crime spécifique dans le droit sénégalais.

La rencontre s’est tenue en présence de plusieurs figures de la coalition, dont Mme Aminata Mbengue, militante féministe et psychologue-clinicienne, Me Habibatou Samb, avocate, Mme Ngone Sarr Badiane Ngokh, Maïmouna Yade, ainsi que de nombreuses militantes féministes, des organisations de la société civile, des journalistes et des partenaires tels que ActionAid Sénégal, Amnesty International et Volontaires d’Afrique,etc…

Prenant la parole, Mme Aminata Mbengue a rappelé les motivations profondes de la création de la coalition Luy Jot Jotna.

Selon elle, cette coalition, composée d’une vingtaine d’organisations féministes et de la société civile, est née en réaction à la recrudescence alarmante des féminicides au Sénégal.

« À ce jour, nous avons recensé 18 cas de féminicides médiatisés. Et nous savons tous que ce sont seulement les cas rendus publics. D’autres se produisent certainement dans le silence des foyers », a-t-elle souligné.

Pour la militante, le féminicide ne peut plus être assimilé à une simple dispute conjugale:

« Le féminicide est éminemment politique. Ce sont nos lois et nos codes sociétaux qui autorisent encore certains hommes à penser qu’ils peuvent ôter la vie à leur épouse ou ex-épouse. »

La coalition plaide pour une reconnaissance juridique claire du féminicide, estimant que celle-ci permettrait de lutter contre la banalisation de ces crimes, notamment dans le traitement médiatique.

« Tant que le féminicide ne sera pas reconnu comme un crime spécifique, on continuera à parler de conflits conjugaux ou à faire porter la faute aux victimes », a dénoncé Mme Mbengue.

Elle a également rappelé les engagements pris par le Président Bassirou Diomaye Faye lorsqu’il était candidat, notamment en matière de réformes législatives en faveur des femmes et des filles.

La coalition estime que la réforme du Code de la famille, datant de 1972, est devenue incontournable.

Mme Aminata Mbengue a cité plusieurs dispositions jugées discriminatoires, notamment :

● l’autorisation du mariage des filles dès 15 ans ;

● l’inégalité dans l’autorité parentale ;

● l’interdiction de la recherche de paternité ;

la puissance maritale consacrée par certains articles.

« En 2025, il est inconcevable que des filles de 15 ans puissent être mariées. Il faut appeler les choses par leur nom », a-t-elle martelé.

La militante a également pointé le silence des autorités face aux féminicides recensés :

« Pas un seul communiqué du ministère de la Famille, pas un mot de la Présidence ou de la Primature. Ces femmes ne doivent pas mourir dans l’indifférence. »

Intervenant à son tour, Me Habibatou Samb, avocate, a insisté sur le fondement juridique de la revendication, rappelant le principe d’égalité inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Constitution sénégalaise.

« Nous avons des notions comme le parricide ou l’homicide dans notre droit. Pourquoi le terme féminicide pose-t-il problème ? », s’est-elle interrogée.

Pour l’avocate, reconnaître le féminicide permettrait d’introduire des circonstances aggravantes dans le Code pénal et de renforcer la dissuasion.

« Ce combat n’est pas celui des féministes contre les autres. C’est le combat d’une société pour protéger ses filles, ses mères, ses sœurs et ses enfants. »

Me Samb a également dénoncé la notion de « puissance paternelle » encore présente dans le Code de la famille :

« L’éducation n’est pas une question de puissance. Nous avons besoin d’une véritable autorité parentale partagée, d’abord pour protéger les enfants, ensuite pour garantir les droits des femmes.

À travers cette sortie médiatique, la coalition Luy Jot Jotna lance un cri d’alarme et appelle le gouvernement à traduire ses engagements en actes concrets, estimant que la question des droits des femmes et des filles ne peut plus attendre.