POLYGAMIE:  « Mieux vaut un mari qu’on voit tous les deux jours que rester célibataire à vie »

 Décryptage avec   Docteur Abdourahmane  Kane  expert en sociologie: Dans un restaurant de la place, le docteur Abdourahmane   Kane, expert  sociologue, professeur consultant et directeur en science politique à Madiba université,  s’est livré au jeu de questions réponses. A cœur ouvert il a accepté de décrypter l’approche sociologique de la polygamie en général, celle moderne en particulier.

Docteur quelle est l’approche sociologique de la polygamie sur le point de vue traditionnel et des temps modernes ?

Il faut dire qu’avant la société moderne, on a eut les sociétés anciennes ; et de la même façon, le statut de la femme a évolué.    La femme était  considérée comme un acquis de l’homme et un bien à usage personnel.  Le statut de la femme n’étant pas valorisant, l’homme  par essence, avait une trentaine de concubines voire plus. La conception de la société traditionnelle était d’avoir autant de femmes possibles,  pour se faire plaisir, avoir des enfants et une  bonne main d’œuvres.  L’arrivée des religions a  un peu rectifié le tir. Il n’était question de dire niet mais de réglementer tout en fixant des conditions. Au Sénégal, la religion musulmane est pratiquer par plus de 95% de la population  et autorise selon les capacités de l’homme, de prendre  deux, trois ou quatre femmes. La société est donc éduquée comme ça. Et les femmes, mêmes si elles sont premières, s’attendent à ce que leur mari en prenne d’autres parce que la religion le permet. Et ça  arrange l’homme qui, est un être humain à tendance femme. Il  ya aucune sanction même pour ceux qui n’ont pas les moyens d’entretenir plusieurs.

 Et s’il fallait faire un petit détour en arrière, on raconte que le besoin de main d’œuvres encourageait la polygamie ?

  C’est vrai,  les champs étaient une question de main d’œuvres  et de clans, il fallait avoir beaucoup de monde pour mieux réussir sa vie.  Mais aujourd’hui les grandes difficultés avec les enfants, se seraient comment les entretenir, surtout quand on a de nombreux enfants  qui n’ont pas la perception de la réussite  dans la vie.  Chez nous,  les enfants n’ont pas la tendance de dire j’ai 18 ans et je dois voler de mes propres ailes.  Aujourd’hui la polygamie mal gérée peut devenir un poids.  Elle peut aussi dans un autre sens être bénéfique, si elle est adaptée à la société actuelle.

 Est-ce  qu’on n’est pas aujourd’hui à cette adaptation parce qu’il fut un temps, les femmes intellectuelles étaient réfractaires à la polygamie mais aujourd’hui,  pas mal d’entre elles choisissent  les régimes polygames  pour disent-elles, avoir du temps pour  mieux gérer leur  carrières professionnelles ?

 C’est aussi une tendance que les gens ont l’habitude de véhiculer  mais il faut faire vraiment attention. Le refus de la polygamie, est une aspiration psychologique parce qu’on est dans le domaine de l’amour et quand on aime on n’accepte pas de partager. Cela est d’aussi plus valable quand on est  une femme intellectuelle on n’accepte pas par principe certaines situations. Plus on est intellectuel plus on est indépendant  du point de vue de la façon de vivre.  Et la conception des femmes modernes était de ne pas partager leur homme.  Aujourd’hui elles ont changé de paradigme parce que la majeure partie des femmes qui ont refusé  la polygamie ont  vu leur ménages voler en éclat, toutes les autres qui l’ont refusé avant d’entrer dans le ménage se sont retrouvées célibataire  à vie. C’est en effet la société qui l’impose et, toute personne  qui refuse  de s’adapter à la société, subit les conséquences. Aussi quand les femmes intellectuelles comme vous dites à 35 ans sont seules dans leur lit à force de refuser la polygamie,  finissent  par accepter le statut  de la polygamie. La conception est de se contenter du moindre quand on ne peut pas avoir le bien. Les hommes modernes  ont les moyens d’entretenir plusieurs femmes et au lieu de draguer ça et là,  prennent des épouses.  Et mieux vaut avoir un homme qu’on voit chaque  deux jours que de ne pas en avoir du tout.

Est-ce que cette tendance de vivre dans la modernité n’explique pas le fait que ces femmes refusent de rejoindre le domicile conjugale où elles doivent trouver des coépouses ?

 C’est la tendance générale. Avant, elles disaient niet, aujourd’hui elles disent oui  mais, avec des conditions. C’est entre autre, je ne partagerai pas le toit avec ma coépouse. On est dans une conception  de la concession moderne  différente de celle qui abritait toutes les épouses et tous les enfants.  Et cela arrange même l’homme qui se rend compte que séparer les épouses éviterai les maraboutages, les disputes et autres conflits internes.

Est-ce que cette  séparation des épouses n’a pas une  répercussion sur les enfants, sur leur éducation notamment ?

 Dans toute chose il y a la conséquence et l’apport, en les mettant ensemble on sait que ça crée des frictions. Et il y a des conséquences sur les raffermissements des liens mais entre ce que l’on gagne et ce que l’on perd, le premier pèse plus. L’histoire des enfants aussi est réelle et on est dans une société traditionnelle. On se retrouve avec des demi-frères et des sœurs qui vivent  comme des étrangers.  Il n  y a pas cette affection qui  doit exister dans la confraternité, et   à la mort du pater, c’est des tiraillements qui poussent une famille unie par le sang à se  déchirer pour un héritage. Et la raison est que l’aspect famille n’est pas là, pourtant, il  devait être le premier héritage laissé par le père… 

 

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