Enjeux de la SAR : Gardons nos Bijoux de Famille pour l’Émergence du Sénégal

L’opportunité de l’exploitation du pétrole et du gaz se précise. Les attentes des premiers barils de brut et de gaz sont confirmées pour l’horizon 2021, ainsi l’espoir d’un Sénégal émergent cristallise toutes les couches sociales de notre Pays et aiguise en même temps tous les appétits. Le débat sur le contrôle de la Société Africaine de Raffinage fait rage au niveau de l’opinion depuis quelques jours, débat certes alimenté par les acteurs en conflit par presse interposée. Ce conflit se résume au dilemme suivant: faut-il garder la position majoritaire du Sénégal dans son capital où céder ce privilège au Secteur Privé National ou International ?

Le retrait du groupe Saudi Ben Laden du capital de la Sar ne devrait pas seulement se réduire à une cession d’actions à des privés, c’est l’occasion pour le Gouvernement de faire valoir, entre autres, son « droit de regard » sur ce départ, comme dans tout contrat industriel de raffinage dans le monde, d’autant plus que le code pétrolier l’autorise, ceci en capitalisant tous les manquements induits par Saudi Ben Laden depuis dix années. Dans ce contrat, les 500000 dollars de primes non payées au personnel depuis lors sont infimes par rapport au préjudice industriel et financier subi par l’Etat, suite aux engagements non honorés par Saudi Ben Laden même si à l’origine le contrat avait souffert de beaucoup de faiblesses dans son élaboration puis de modifications importantes durant sa mise en œuvre.

Rappelons que le plan d’affaires de 300 millions de dollars donc près 170 milliards CFA que Saudi Ben Laden devait mettre en oeuvre n’a pas connu d’avancées significatives jusqu’à son départ du conseil d’administration une décennie après la signature de ce contrat avec l’Etat. En conséquence, le retrait de Saudi Ben Laden du capital de la Sar donne l’opportunité au Gouvernement de garder la majorité stratégique dans l’activité de raffinage tout en ouvrant son capital aux privés notamment nationaux.

La promotion du Secteur Privé National reste un principe de souveraineté économique auquel je tiens particulièrement pour l’avoir vigoureusement défendue « urbi et orbi » à tous les niveaux de décision de ce Pays (Forums gouvernementaux, forums avec les Partenaires Techniques et Financiers ou Bailleurs de Fonds; LPSD , CPI ,etc..), il est alors heureux de constater que des privés nationaux comme Locafrique intègrent la Sar à côté d’opérateurs techniques comme Total , Petrosen et Sahara Energy.

Cependant le principe sacré de la souveraineté et de l’indépendance énergétique nous interdit de brader la Sar si nous voulons atteindre l’émergence dans quelques années d’autant plus que nous sommes en voie de devenir un Pétro-Etat.

Dans des contributions précédentes j’indiquais quelques propositions pour la bénédiction du pétrole Sénégalais, parmi ces solutions figurent: la maîtrise, le maintien, et le renforcement de l’activité de raffinage pour sécuriser l’approvisionnement du Sénégal en combustibles.

Le problème fondamental de la Sar réside dans sa recapitalisation pour la modernisation et l’extension de son activité industrielle, des pas importants sont franchis dans cette stratégie par exemple sa certification Iso 9001 V2015, certes le plus difficile reste maintenant à trouver les financements nécessaires à la poursuite de sa mutation industrielle. Pour cela, l’Etat doit jouer pleinement son rôle de Leader en ne laissant pas cette initiative à des privés fussent-ils étrangers: c’est un défi stratégique de souveraineté nationale qu’il est impératif de relever. Ainsi, il n’est pas encore trop tard pour réaliser cette noble ambition qui sécurise en même temps le secteur privé et l’approvisionnement des Sénégalais en combustibles.

Recapitaliser la Sar tout en modernisant son activité industrielle et renforcer en même temps le partenariat technique, tout en restant majoritaire dans l’actionnariat n’est certes pas un exercice impossible pour le Gouvernement, les excellents résultats économiques actuels et les perspectives de croissance soutenue du Sénégal lui permettent de relever un tel défi.

Dans un contexte économique beaucoup plus dégradé en 2000, le cas actuel de la Senelec demeure un exemple vivant de réussite de souveraineté énergétique depuis le retrait d’Helio-Quebec jusqu’à nos jours. Ce cas démontre à suffisance que le challenge de la Sar est à la portée du Gouvernement actuel.

La Norvège a bien réussi ce pari pour la raffinerie de Mongstad opéré par Statoil et Shell raffinerie dix fois plus importante que la Sar.

Pour réussir ce pari industriel, le Gouvernement ne devrait non plus négliger les proposions des cadres de la Sar contenues dans le document unique objet de leur réflexion, ce dernier dégage des pistes stratégiques garantissant la souveraineté et l’indépendance énergétique du Sénégal.

Le modèle Nigérian, d’un pays producteur de pétrole connaissant périodiquement des ruptures de combustibles à la pompe entraînant des émeutes populaires, devrait attirer l’attention du Gouvernement dans le contexte actuel de la Sar. Il est reconnu que l’échec du Nigéria est surtout dû à la main mise d’une mafia privée sur le schéma industriel, cette dernière en collusion avec l’Etat préférant parfois importer les produits raffinés au lieu de les produire sur place au bon gré de leurs intérêts financiers immédiats.

En conclusion, il est vital pour le Gouvernement d’être plus vigilant dans le contexte actuel de la mutation industrielle de la Sar, en mettant tout en oeuvre pour conserver ce « Bijou de Famille »: c’est le prix à payer pou relever les défis de l’indépendance et de la souveraineté énergétique nécessaires à la réussite de l’émergence du Sénégal dans le cadre du PSE.

Post scriptum : Je reviendrais par une autre contribution sur le modèle financier et industriel Norvégien dans le cadre de la recapitalisation et la modernisation de la Raffinerie de Mongstad opéré par Statoil et Shell.

*Ing.Polytechnicien, Ancien Auditeur du Ceds de Paris,

Modibo Diop

Expert Consultant International en Energie, Eau, Infrastructures et Tic

Vice-Président du Mouvement des Entreprises du Sénégal MEDS

EX-DG de l’ASER

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